Sélections fantômes : ces nations disparues qui ont marqué l'histoire de la Coupe du Monde
Alors que le centenaire de la Coupe du Monde approche, le tournoi foisonne de récits qui traversent les époques. Si certaines trajectoires sont glorieuses, d'autres ont sombré dans l'oubli à mesure que la carte du monde était redessinée.
La géopolitique, acteur de l'ombre sur la scène internationale, a entraîné la disparition de plusieurs pays au profit de nouveaux États. Nombre de ces nations, aujourd'hui éteintes, ont inscrit leur nom dans la plus prestigieuse des compétitions avant de cesser d'exister.
À l'aube du Mondial co-organisé par les États-Unis, le Mexique et le Canada, BeSoccer se penche sur ces participants emblématiques qui, emportés par le tumulte de l'histoire, n'appartiennent plus qu'aux archives statistiques du sport.
L'exemple le plus frappant d'une sélection ayant brillé en Coupe du Monde avant de disparaître des mappemondes est celui de la Yougoslavie. Véritable géant redouté, le pays réunissait sous son drapeau l'ensemble des Balkans. Sous cette bannière, elle a disputé huit Coupes du Monde entre 1930 et 1990. À défaut d'avoir soulevé le trophée, elle a signé ses meilleures performances avec une quatrième place lors des éditions Uruguay 1930 et Chili 1962.
Après la guerre des Balkans, le territoire s'est fragmenté. Le reliquat fédéral est devenu la République Fédérale de Yougoslavie entre 1992 et 2003, représentant l'union de la Serbie-et-Monténégro. Sous ce nom, la sélection a disputé la Coupe du Monde 1998 en France. Auteur d'une phase de groupes solide avec 7 points sur 9 possibles, elle fut éliminée par les Pays-Bas en huitièmes de finale (2-1) sur un but assassin d'Edgar Davids dans les arrêts de jeu.
En 2003, l'ancienne RF de Yougoslavie a été officiellement rebaptisée Serbie-et-Monténégro. Malgré une existence fugace, le territoire monténégrin ayant déclaré son indépendance en 2006, la sélection a tout de même pris part à la Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Ses adieux furent toutefois amers : une élimination dès la phase de groupes sans le moindre point au compteur.

Évoquer l'Union Soviétique (URSS), c'est se remémorer une équipe légendaire, portée par des joueurs historiques, qui a participé à sept Coupes du Monde entre 1958 et 1990. S'appuyant sur le vivier de talents des diverses républiques du bloc, l'URSS a bâti des formations redoutables, culminant à la quatrième place lors de l'édition Angleterre 1966.
Au début des années 90, la chute du Mur de Berlin a sonné le glas du conglomérat soviétique, donnant naissance à une multitude d'États indépendants en Europe de l'Est. L'héritière naturelle de l'URSS fut la Russie, centre névralgique de l'Union depuis sa création au XXe siècle.
Chacune des 14 nations issues de l'implosion soviétique a fondé sa propre fédération. À ce jour, la Russie détient la meilleure performance post-URSS avec un quart de finale atteint lors du Mondial qu'elle a organisé en 2018.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le territoire allemand fut scindé : l'un sous influence des puissances occidentales (États-Unis, France et Angleterre) et l'autre sous contrôle de l'Union Soviétique. C'est ainsi que virent le jour la République Fédérale d'Allemagne (RFA, Allemagne de l'Ouest) et la République Démocratique Allemande (RDA, Allemagne de l'Est).
Si les deux entités possédaient leur propre sélection, le palmarès de l'Allemagne de l'Ouest fut nettement plus prestigieux. La RFA a glané trois étoiles mondiales (1954, 1974 et 1990), remporté deux Championnats d'Europe (1972 et 1980) et disputé trois autres finales mondiales (1966, 1982 et 1986). En 1991, après la réunification, l'Allemagne a retrouvé son unité, endossant statistiquement l'héritage de la République Fédérale.
De son côté, l'Allemagne de l'Est connut un parcours plus confidentiel, avec une unique participation à la Coupe du Monde 1974. Elle y signa toutefois un exploit retentissant en battant la RFA en phase de groupes, bien que ses voisins occidentaux, hôtes du tournoi, aient fini par décrocher le titre.

La Tchécoslovaquie fut l'une des nations les plus respectées du Vieux Continent, atteignant la finale de la Coupe du Monde en 1934 et 1962. Durant des décennies, elle s'est imposée comme une place forte du football européen, brillant également à l'Euro et aux Jeux Olympiques.
Sa dernière apparition sur la scène mondiale remonte à Italie 1990, où elle s'est hissée jusqu'en quarts de finale. Le pays ne put défendre ses chances pour la Coupe du Monde 1994 : en plein cœur des éliminatoires en 1993, la nation se scinda pour donner naissance à la République Tchèque et à la Slovaquie.
Connue sous le nom de République Démocratique du Congo depuis 1997, la sélection est entrée dans l'histoire sous l'appellation du Zaïre lors du Mondial 1974, devenant le premier représentant de l'Afrique subsaharienne. Une qualification historique, bien que le bilan sportif fut plus laborieux.
Techniquement dépassé et évoluant sous l'ombre de la dictature de Mobutu Sese Seko, le Zaïre fut balayé sans ménagement par l'Écosse (0-2), la Yougoslavie (9-0) et le Brésil (0-3). Malgré ces défaites, cette campagne reste l'acte fondateur de l'essor du football africain, aujourd'hui au sommet de sa compétitivité.
Enfin, le témoignage le plus lointain nous projette près de 90 ans en arrière. La Coupe du Monde 1938 en France a vu la participation des Indes Orientales Néerlandaises, première nation asiatique à disputer le tournoi. Ce territoire, l'actuelle Indonésie, était alors une possession coloniale des Pays-Bas.
L'équipe devait initialement affronter le Japon en éliminatoires, mais le déclenchement de la Seconde Guerre sino-japonaise en juillet 1937 lui offrit son ticket direct. L'épopée tourna court : la sélection fut éliminée dès son entrée en lice, en huitièmes de finale, après avoir subi un cinglant 6-0 face à la Hongrie.